Vaccins et Guillain Barré : en quête de vérité
En février 1976 une nouvelle souche de virus grippal A (Hsw1N1), d’origine porcine, se répandait chez les militaires de la base de Fort Dix, New Jersey, USA. Quelques mois plus tard, en octobre, et bien que l’infection soit demeurée circonscrite au camp, les autorités sanitaires lançaient une campagne de vaccination massive pour tenter de prévenir une éventuelle dissémination épidémique communautaire : 45 millions de doses de vaccin étaient distribuées entre octobre et décembre 1976. La campagne, cependant, devait être stoppée avant d’avoir atteint son terme : 500 cas de syndromes de Guillain-Barré (SGB) étaient diagnostiqués, 25 décès enregistrés, et on estimait finalement que les individus vaccinés présentaient un risque 8 fois supérieur à la population générale de développer le syndrome dans les deux mois suivants.
L’inconscient collectif du monde entier prenait acte, et la crainte d’un SGB vaccinal ne devait plus lâcher personne. A tort ou à raison ? Fantasme ou réalité ? Pour faire le point sur cette brûlante question, qui en cette période de large vaccination contre le virus de la grippe A H1N1 revient encore une fois sur toutes les lèvres, HP Sejvar et coll. proposent aujourd’hui rien moins que l’analyse de la littérature sur le sujet de… 1950 à aujourd’hui. Voici donc quelques-uns des faits et conclusions les plus remarquables de ce gigantesque travail :
- Rien n’est venu confirmer les données, encore largement inexpliquées, de Fort Dix, et les nombreuses études épidémiologiques réalisées sur le vaccin grippal par la suite n’ont « au pire » retrouvé qu’une augmentation extrêmement faible du risque (estimée autour de 1 par 1 000 000 doses). On notera que les SGB font l’objet d’une surveillance post-administration du vaccin H1N1 étroite un peu partout dans le monde…
- Si les anciennes formulations de vaccin antirabique, réalisé sur tissu cérébral animal, ont pu poser problème, ce n’est plus le cas avec les produits fabriqués sur cellules embryonnaires de poussin.
- Les données préliminaires de l’Institute of Medicine américain évoquant une association causale entre les vaccins polio oral (ou à toxine tétanique) et le SGB n’ont pas été confirmées (et sont contredites) par celles issues des vastes campagnes d’immunisation menées un peu partout dans le monde.
- Des rapports spontanés à l’US Vaccine Adverse Events Reporting System lors de l’introduction d’un vaccin conjugué méningococcique quadrivalent ont également semé le doute. Des comparaisons avec les taux de SGB attendus se sont finalement révélées non concluantes, et on manque toujours de la preuve qu’apporterait une véritable grande étude contrôlée.
- En ce qui concerne les autres vaccins, enfin, les craintes ne reposent que sur des cas trop isolés dans le temps et dans l’espace pour en tirer de véritables conclusions.
A de rares exceptions près, les associations vaccin/SGB apparaissent finalement très temporelles et il n’y a guère de preuves qui supportent l’hypothèse (l’impression globale étant qu’il y a eu mais qu’il n’y a plus…). Il existe certainement, comme l’affirment les auteurs de ce remarquable travail, des cas qui méritent attention, en particulier, par exemple, les patients qui ont déjà développé un SGB. Cependant, "le bénéfice des vaccins en [terme de] prévention et de baisse de morbidité et de mortalité, particulièrement pour la grippe, doit être évalué contre le risque potentiel de SGB". Certes…
Dr Jack Breuil
Haber P et coll. : Vaccines and Guillain- Barré syndrome. Drug Saf. 2009; 4: 309-23.